Créativité : droit ou privilège ? Ce que la Chaire LVMH révèle.
LVMH et l’institut Français de la Mode viennent de lancer une chaire universitaire baptisée « Sciences & Création ».
C’est beau, c’est chic, c’est surtout un formidable révélateur du combat qui s’annonce !
Sous prétexte d’analyser les neurosciences de l’intuition, l’élite du luxe pose ses pions sur l’IA. Derrière les grands mots, une réalité froide se dessine ! Réveillez-vous !
1. Le mythe du pilote et de la Ferrari
Dans l’interview, Sydney Toledano compare l’IA à une Ferrari.
Selon lui, donner une Ferrari à un pilote moyen ne fera pas de lui un champion.
C’est vrai ! Mais la vraie question est ailleurs !
Qui aura le droit de monter dans la Ferrari ?
Le risque de cette « scientification » de la création est double :
(a) Réserver l’IA augmentée à une caste validée par les grands diplômes et les salons parisiens.
(b) Reléguer les autres aux tâches ingrates : les priver de la joie d’imaginer.
La créativité n’est pas une formule mathématique à privatiser ! C’est une souveraineté cognitive : elle appartient à tout le monde, à tous les humains quelle que soit leur caste, leur origine, leur couleur ou leur genre.
2. La discipline du désordre
Toledano affirme qu’il faut « une discipline pour pouvoir s’offrir le désordre ». Sur ce point précis, je valide à 100%. Mais encore une fois la capacité à s’imposer une discipline constructive doit être accessible et transmise à tous, hors c’est un luxe qu’un esprit opprimé, oppressé, épuisé, ne peut pas s’offrir ! Affirmer cela quand des foyers brûlent littéralement, que des personnes meurent de la chaleur, et que nos ressources vitales comme les forêts sont sacrifiées pour des data-centers, c’est inaudible et encore une fois une belle pensée élitiste !
En clair : sans protocole, l’IA ne produit que du bruit. La valeur d’un créatif aujourd’hui ne réside pas dans sa capacité à presser un bouton; elle réside dans sa structure, dans sa vision.
Un pipeline simple et maîtrisé vaudra toujours mieux que la chasse au dernier outil à la mode.
3. L’algorithme du drapé face à l’urgence du réel
Pendant qu’on modélise le pli d’une manche à l’IFM, le monde réel brûle et les vivants étouffent !
L’urgence de notre siècle n’est pas de concevoir le prochain sac iconique par ordinateur.
L’urgence est déjà de gérer les crises climatiques et de préserver le vivant !
Vouloir optimiser la création sans ancrage éthique est une déconnexion dramatique et une preuve supplémentaire de cette triste majorité de l’élite du luxe et de d’ultra-riches complètement déconnectés du réel et désintéressés du vivant et des humains en général !
L’IA doit être un levier de frugalité, pas un caprice de milliardaire.
4. Et si on changeait les règles
La discipline dont parle Toledano ? Elle existe déjà. Elle s’appelle pipeline.
Un créatif sans discipline génère du bruit ; un créatif avec un protocole simple et maîtrisé génère de la profondeur. C’est vrai.
Mais cette discipline ne doit pas être le fruit du privilège : elle doit être enseignée, accessible, gratuite.
Quelques exemples qui tournent déjà :
– Formation IA sans dogme. Pas « IA augmente ta créativité » (mensonge), mais « voici comment hybrider ta méthode avec cet outil, en 4 semaines, zéro bullshit. » Les étudiants choisissent et l’utilisation de l’IA doit rester un choix ; aucune obligation de l’utiliser dans leur travail. Résultat : ceux qui la comprennent l’adoptent ; ceux qui n’en ont pas besoin continuent autrement.
– Open-sourcer les pipelines. Pourquoi les templates, les workflows, les checklists restent-ils propriétaires ? Une méthodologie créative démocratisée, c’est l’inverse d’un « hold-up intellectuel ». Les soi-disant « secrets de fabrication » sont surtout les meilleures excuses pour creuser les écarts de castes.
– Documenter l’invisible. Ce que LVMH appelle « intuition » ? C’est souvent juste de la culture accumulée. Rendre ces savoirs visibles et accessibles, c’est les transmettre, et c’est exactement l’inverser d’une garde aux porte du luxe.
Les talents émergent partout ; pas seulement à l’IFM. Reste à en donner les clés.
Ma position est simple : l’IA oui, mais les vivants d’abord ! Et surtout : la discipline créative doit être un droit, pas un privilege.
La technologue doit libérer notre temps pour nous reconnecter aux autres et accomplir notre seule et réelle mission d’humains : soigner et préserver tous les vivants ! Vivre !
Ne laissons pas une élite nous dicter comment penser et surtout comment créer !

